Le rapport du secrétaire général des Nations unies sur la situation concernant le Sahara occidental, référencé S/2026/781 et daté du 1er octobre 2026, a replacé la question des frontières au centre des commentaires. Le passage concerné, identifié comme le paragraphe 8 par plusieurs médias, revient sur le processus de négociation sans présenter Lagouira comme l’objet explicite d’une discussion territoriale.
Le document rapporte qu’un deuxième cycle de négociations s’est tenu à Madrid les 8 et 9 février 2026 avec le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario. Durant ces discussions et les sessions ultérieures, la Mauritanie a demandé la création d’une commission chargée de clarifier, de manière consensuelle, les frontières internationales définitives et permanentes du territoire disputé.
Lagouira n’est pas nommée dans le passage cité
La précision essentielle est que le passage onusien cité ne mentionne pas Lagouira. Le rapprochement entre la demande mauritanienne et cette localité résulte de commentaires publiés après le rapport. Présenter Lagouira comme la cible confirmée de la démarche de Nouakchott irait donc au-delà des éléments vérifiés, qui établissent uniquement une demande générale de clarification consensuelle des frontières.
Cette distinction exclut également, en l’état des informations examinées, l’affirmation selon laquelle la Mauritanie aurait officiellement revendiqué Lagouira. Aucun accord bilatéral, aucune offre confirmée et aucun projet officiel vérifié ne prévoient que la localité serait transférée à la Mauritanie en contrepartie d’une reconnaissance de la souveraineté marocaine revendiquée sur le Sahara. Ce scénario demeure une spéculation médiatique.
Pourquoi cette localité concentre l’attention
Lagouira se trouve à l’extrême sud du territoire disputé, sur la péninsule du Cap Blanc, également appelée Ras Nouadhibou, près de la ville mauritanienne de Nouadhibou. Sa situation géographique explique pourquoi certains commentaires l’associent à toute discussion sur la délimitation, même si cette association ne figure pas dans le passage du rapport des Nations unies consacré à la demande mauritanienne.
Les récits publiés décrivent Lagouira comme inhabitée, hors du déploiement militaire marocain et marquée par une présence militaire mauritanienne depuis décembre 1975. Ces éléments rendent compte d’un statu quo pratique, mais ils ne doivent pas être transformés en conclusion juridique sur la souveraineté. Dans le même temps, l’expression « de Tanger à Lagouira » lui confère un poids symbolique particulier au Maroc.
L’héritage des accords de 1975 et 1979
Le contexte remonte notamment aux accords de Madrid, signés par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie le 14 novembre 1975. Ils ont précédé le retrait espagnol et la répartition de responsabilités administratives entre le Maroc et la Mauritanie. Cette séquence historique éclaire l’importance durable des questions de délimitation, sans suffire à établir le statut juridique actuel de Lagouira.
Après le coup d’État du 10 juillet 1978 qui a renversé le président Moktar Ould Daddah, la Mauritanie s’est orientée vers la fin de sa participation à la guerre du Sahara. L’accord mauritano-sahraoui signé à Alger le 10 août 1979 affirme que la Mauritanie n’avait pas et n’aurait pas de revendications territoriales ou autres sur le Sahara occidental, et qu’elle se retirait définitivement de la guerre.
Une lettre du représentant permanent mauritanien, datée du 18 août 1979 et transmise aux Nations unies, a réaffirmé cette position. Elle indiquait que la Mauritanie avait renoncé à ses revendications territoriales, quitté la zone qu’elle contrôlait et adopté une position de neutralité dans le conflit. Ce document constitue un repère important pour évaluer les interprétations contemporaines de sa politique.
Une dimension maritime encore sensible
La question possède aussi une dimension maritime. En 2020, le Maroc a adopté deux lois actualisant ses limites maritimes, notamment la mer territoriale, la zone économique exclusive et le plateau continental le long de la côte atlantique jusqu’au sud, vers Lagouira. Ces textes expliquent pourquoi les débats sur la localité peuvent également faire émerger des interrogations relatives aux espaces maritimes voisins.
Selon les informations publiées, aucun accord de délimitation maritime connu du public ne partage les eaux faisant face à la péninsule du Cap Blanc entre le Maroc et la Mauritanie. La ligne d’équidistance montrée dans une analyse de presse est expressément présentée comme théorique et non comme une frontière officielle. Elle ne peut donc pas servir de preuve d’un tracé accepté par les deux pays.
La position exprimée par Nouakchott et les inconnues
Le 14 octobre 2026, le porte-parole par intérim du gouvernement mauritanien, Mohamed Malainine Ould Eyih, a déclaré que son pays cherchait à proposer des mesures susceptibles de faire avancer une solution. Cette démarche a été inscrite dans la politique mauritanienne déclarée de neutralité positive et de protection des intérêts nationaux, sans annonce vérifiée d’une revendication sur Lagouira ou d’un marchandage territorial.
À ce stade, les faits permettent donc de distinguer trois niveaux : une demande mauritanienne de clarification des frontières effectivement rapportée par l’ONU, une interprétation médiatique reliant cette demande à Lagouira, et une hypothèse non confirmée d’échange politique ou territorial. Une clarification officielle du Maroc ou de la Mauritanie, des comptes rendus détaillés des négociations ou un nouveau texte onusien seraient nécessaires pour dépasser ces limites.
