Le Maroc a voté, le 28 octobre 2026, contre la résolution annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies appelant à mettre fin à l’embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba. Le résultat place le Royaume parmi les 17 États ayant rejeté le texte, tandis que 130 pays l’ont soutenu et que 25 se sont abstenus.
Le projet adopté porte la référence A/81/L.5 et le titre « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d’Amérique ». Le scrutin constitue la donnée vérifiée permettant de constater, sur ce dossier précis, une convergence entre le vote marocain et la position américaine. Il ne fournit toutefois aucune explication officielle des motivations de Rabat.
Une opposition plus large qu’en 2025
Le Maroc n’était pas le seul pays à voter contre le texte. Parmi les États ayant également choisi le non figuraient la Bosnie-Herzégovine, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur, la Lituanie, la Macédoine du Nord, le Paraguay et la Slovénie. Cette liste illustre l’élargissement du groupe d’opposants, sans permettre à elle seule d’attribuer à tous ces gouvernements les mêmes raisons.
La comparaison avec le scrutin précédent montre une évolution notable du rapport de voix. La résolution équivalente avait été adoptée, le 29 octobre 2025, par 165 voix contre 7, avec 12 abstentions. En 2026, elle a recueilli 130 voix favorables, 17 défavorables et 25 abstentions. Ces chiffres établissent une baisse du soutien au texte, mais ne démontrent pas automatiquement un recul du soutien politique à Cuba.
Du soutien à l’abstention, puis au rejet
Le relevé officiel du vote de 2025 indique que le Maroc s’était alors abstenu sur la résolution annuelle. Son vote négatif de 2026 marque donc un changement supplémentaire de position entre les deux scrutins substantiels. Il convient de dater correctement l’épisode précédent : le vote de 2025 a eu lieu le 29 octobre, et non en septembre.
Un autre signal avait précédé ce changement. Le 9 juillet 2026, le Maroc avait voté contre l’ouverture du débat de l’Assemblée générale consacré à l’embargo, après avoir auparavant soutenu des résolutions demandant sa levée. Ce scrutin procédural de juillet et le vote d’octobre sur la résolution annuelle sont néanmoins deux décisions distinctes, qui ne doivent pas être confondues.
Une résolution sans effet juridique contraignant
Le scrutin de 2026 correspond à la 34e condamnation annuelle de l’embargo, ou au 34e appel annuel de l’Assemblée générale en faveur de sa levée. Malgré sa portée diplomatique, la résolution n’est pas juridiquement contraignante. Elle exprime la position collective de l’Assemblée, mais ne modifie pas le droit des États-Unis et ne lève ni ne maintient elle-même l’embargo.
La distinction est essentielle pour comprendre la conséquence concrète du vote. Selon les éléments disponibles, seul le Congrès américain peut lever l’embargo inscrit dans la loi. L’adoption du texte par une majorité d’États ne produit donc pas directement ce résultat. De même, le vote négatif du Maroc ne change pas le régime juridique applicable ; il indique sa position lors de ce scrutin multilatéral.
Une campagne américaine et deux lectures opposées
Les États-Unis avaient mené, avant le vote, une campagne diplomatique destinée à convaincre davantage de gouvernements de rejeter la résolution ou de s’abstenir. Après le scrutin, l’ambassadeur américain Mike Waltz s’est dit satisfait de voir des pays, dont l’Allemagne et la Corée du Sud, modifier leur position. Il a également déclaré s’attendre à ce que cette tendance se poursuive.
Washington a présenté le texte comme une initiative de propagande politique et soutenu que les difficultés économiques cubaines découlaient principalement du gouvernement communiste du pays. La partie cubaine a défendu une lecture opposée. Avant le vote, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a affirmé que Cuba subissait une guerre économique et que la menace venait de l’embargo, non de Cuba.
Ce que le vote permet d’affirmer, et ses limites
L’opposition américaine à ces résolutions annuelles remonte à 1992. La seule exception mentionnée dans la période couverte est l’abstention des États-Unis en 2016, durant le rapprochement engagé sous Barack Obama. Le scrutin de 2026 s’inscrit ainsi dans une confrontation diplomatique ancienne, tout en se distinguant par une opposition et des abstentions plus nombreuses qu’en 2025.
Pour le Maroc, la conclusion vérifiable doit rester circonscrite : Rabat a voté comme Washington contre cette résolution et avait choisi l’abstention un an auparavant. En l’absence d’explication officielle marocaine dans les éléments disponibles, il serait spéculatif de présenter ce choix comme la preuve d’un alignement général de politique étrangère ou d’attribuer au Royaume une motivation déterminée. Celle-ci reste à confirmer.
