Le Maroc aujourd’hui

Emploi au Maroc en 2026 : ce que change la nouvelle enquête du HCP

La nouvelle enquête du HCP améliore la mesure du travail, mais crée une rupture avec l’ancienne série. Voici ce que les chiffres de 2026 disent réellement.

Par Rédaction LMOS
Jeunes actifs marocains consultant des données sur l’emploi dans un espace de travail lumineux

Le Maroc dispose depuis 2026 d’une nouvelle enquête pour mesurer l’emploi. Ce changement améliore la précision des indicateurs, élargit l’échantillon et adopte les standards internationaux les plus récents. Il impose aussi une règle essentielle : les résultats de l’EMO 2026 ne doivent pas être comparés directement aux chiffres publiés avec l’ancienne enquête nationale sur l’emploi.

Avant de conclure que le chômage, l’activité ou l’emploi ont monté ou baissé, il faut donc vérifier la méthode et la période de référence. Sans cette précaution, deux pourcentages apparemment semblables peuvent mesurer des réalités différentes.

Une nouvelle enquête, pas une simple mise à jour

L’Enquête sur l’emploi au Maroc, dite EMO, remplace l’ancienne enquête nationale sur l’emploi. Le Haut-Commissariat au Plan explique qu’elle intègre les résolutions les plus récentes de la Conférence internationale des statisticiens du travail.

Le changement le plus visible concerne le périmètre de l’emploi. Une personne est comptée en emploi lorsqu’elle exerce une activité contre rémunération ou profit. La production destinée principalement à l’usage du ménage est désormais suivie dans une autre forme de travail. Cette séparation permet de mieux distinguer emploi marchand, travail pour compte propre et production d’autoconsommation.

Le questionnaire décrit également davantage les situations aux frontières du marché du travail : recherche d’emploi, disponibilité, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle.

Un échantillon plus large et plus récent

Le HCP indique que l’échantillon annuel passe de 90 000 à 135 000 ménages. La base de sondage s’appuie sur le Recensement général de la population et de l’habitat de 2024.

Cette augmentation doit améliorer la lecture nationale et territoriale. Elle ne supprime cependant ni la marge d’erreur ni les effets saisonniers. Un résultat trimestriel reste une estimation produite à partir d’un échantillon, pas un comptage exhaustif de tous les habitants.

Pour lire correctement une publication, il faut donc relever la population concernée, le trimestre, le niveau géographique et la définition de l’indicateur.

Ce que signifie être au chômage

Au sens statistique strict, une personne au chômage n’a pas d’emploi, est disponible pour travailler et mène une recherche active. Une personne sans emploi qui souhaite travailler mais ne remplit pas toutes ces conditions peut appartenir à la main-d’œuvre potentielle plutôt qu’au chômage strict.

Les nouveaux tableaux permettent ainsi de suivre plusieurs degrés de sous-utilisation de la main-d’œuvre. L’indicateur de chômage demeure important, mais il ne raconte pas seul la disponibilité réelle des personnes ni la qualité des emplois occupés.

Cette distinction est particulièrement utile pour analyser les jeunes, les femmes et les territoires où le découragement ou les contraintes familiales peuvent éloigner une personne de la recherche active.

Les chiffres du deuxième trimestre 2026

Pour le deuxième trimestre 2026, le HCP estime la population active à 11,764 millions de personnes. Le taux d’activité atteint 42,2 % au niveau national. Il est de 66,5 % pour les hommes et de 18,1 % pour les femmes.

L’écart entre les femmes et les hommes constitue donc un résultat central. Il ne signifie pas que seules 18,1 % des femmes travaillent : le taux d’activité réunit les personnes en emploi et celles au chômage qui participent au marché du travail, rapportées à la population correspondante.

Le taux atteint 41,2 % en milieu urbain et 44 % en milieu rural. Ces valeurs doivent être rapprochées des formes de travail présentes dans chaque milieu et de la nouvelle séparation entre emploi et production pour usage propre.

Diplôme et âge changent fortement la lecture

La participation est la plus élevée parmi les personnes de 35 à 44 ans, à 57,7 %, puis parmi les 25 à 34 ans, à 56,8 %. Elle est nettement plus faible chez les 15 à 24 ans, à 22,9 %, une tranche qui comprend de nombreux élèves et étudiants.

Le niveau de diplôme est également déterminant. Le HCP publie un taux d’activité de 69,4 % pour les titulaires d’un diplôme supérieur, contre 46,3 % pour un diplôme intermédiaire, 39,2 % pour un diplôme de niveau fondamental et 38,1 % pour les personnes sans diplôme.

Ces écarts décrivent une participation au marché du travail. Ils ne suffisent pas à mesurer la stabilité du poste, la rémunération, l’adéquation des compétences ou les perspectives de carrière.

Pourquoi les anciennes comparaisons deviennent fragiles

Le HCP parle explicitement d’une rupture de série entre l’ancienne enquête et l’EMO. Il a publié des indicateurs rétropolés provisoires pour la période 2017-2025 afin d’aider à reconstituer une continuité méthodologique.

Ces données rétropolées restent provisoires. Le calendrier annoncé prévoit leur finalisation après l’intégration des résultats annuels. Pour analyser une évolution, il faut utiliser une série homogène produite avec la même méthode, et non juxtaposer une publication ENE de 2025 à une publication EMO de 2026.

Une variation affichée dans une source officielle doit également être lue avec sa référence exacte : comparaison trimestrielle, annuelle ou série corrigée.

Ce que ces données ne mesurent pas encore assez

Un taux d’emploi ne renseigne pas automatiquement sur la qualité du travail. Contrat, protection sociale, durée, revenu, sécurité, télétravail et satisfaction demandent d’autres indicateurs.

La moyenne nationale peut aussi masquer de grandes différences entre régions, secteurs, sexes et générations. Enfin, le travail domestique non rémunéré reste du travail au sens large, même lorsqu’il n’entre pas dans l’emploi au sens statistique.

L’intérêt de l’EMO est précisément d’élargir la lecture. Sa valeur dépendra de la publication régulière de résultats détaillés, de notes méthodologiques accessibles et de séries stabilisées.

Comment lire les prochains chiffres

  • Vérifier si le chiffre provient de l’EMO ou de l’ancienne enquête.
  • Comparer uniquement des périodes calculées avec une méthode homogène.
  • Distinguer activité, emploi, chômage et sous-utilisation.
  • Lire les écarts par sexe, âge, diplôme et territoire.
  • Ne pas confondre quantité d’emplois et qualité du travail.
  • Conserver la date de vérification, car les séries 2017-2025 sont provisoires.

Cette grille permet de suivre le marché du travail sans transformer un indicateur isolé en diagnostic définitif. Elle correspond à la vocation de « Le Maroc aujourd’hui » : expliquer les données avant de commenter l’actualité.

Sources consultées