Le Maroc aujourd’hui

Eau au Maroc : dessalement, barrages et réutilisation face au stress hydrique

Un état des lieux documenté des ressources en eau et des projets marocains, sans présenter le dessalement comme une solution unique ou immédiate.

Par Rédaction LMOS
Station de dessalement sur la côte marocaine reliée à un réservoir dans un paysage aride

Le Maroc répond au stress hydrique par plusieurs familles de solutions : barrages, interconnexions entre bassins, dessalement de l’eau de mer, traitement des eaux usées, protection des nappes et réduction de la demande. Aucune ne suffit seule, et leur calendrier diffère.

Les chiffres changent avec les pluies et la mise en service des installations. Cet article s’appuie sur des annonces officielles disponibles au 22 août 2026 ; une capacité cible n’est pas une production déjà livrée.

Un déficit devenu structurel

Les sécheresses successives, la variabilité des pluies, l’augmentation de la demande et la surexploitation de certaines nappes réduisent la marge du système. La Banque mondiale a documenté six années de sécheresse entre 2018 et 2024, avec des précipitations inférieures aux moyennes.

Un épisode pluvieux peut remplir certains barrages sans effacer le déficit de long terme. Le taux national agrège des bassins très différents et ne décrit pas l’état de chaque ville ou usage.

Il faut donc distinguer météo, stock disponible, infrastructure de transfert et consommation. Une région peut recevoir de la pluie tout en restant limitée par son réseau.

Les barrages restent une colonne vertébrale

Le Maroc mène depuis des décennies une politique de construction de grands et petits barrages. Ils stockent l’eau potable et d’irrigation, amortissent certaines crues et peuvent produire de l’électricité.

Leur efficacité dépend des apports. Un réservoir de grande capacité ne crée pas d’eau lorsqu’un bassin connaît plusieurs saisons sèches. Envasement, évaporation et répartition géographique réduisent aussi la quantité réellement mobilisable.

Les nouveaux ouvrages renforcent la résilience, mais leur évaluation doit comparer capacité annoncée, date de mise en eau, remplissage et réseau de distribution.

Les interconnexions déplacent la ressource

Les transferts entre bassins cherchent à utiliser des excédents temporaires d’une zone pour soutenir une autre. La liaison Sebou–Bouregreg a illustré cette stratégie, et d’autres connexions sont annoncées.

En mai 2026, le ministre de l’Équipement et de l’Eau évoquait de futures liaisons capables de transférer entre 1 et 1,2 milliard de mètres cubes par an vers des provinces déficitaires. Ce volume reste un objectif lié à des chantiers.

Un transfert exige pompage, canaux, énergie et règles d’allocation. Il ne remplace ni la protection du bassin donneur ni l’économie d’eau dans le bassin receveur.

Le dessalement monte rapidement en capacité

Selon une annonce officielle du 6 mai 2026, la capacité annuelle marocaine d’eau dessalée atteignait 420 millions de mètres cubes, avec une ambition de 1,7 milliard à terme. Le chiffre regroupe des installations et usages différents.

Jorf Lasfar fournit de l’eau à des usages industriels et urbains ; d’autres projets concernent Casablanca, Agadir, Safi, Dakhla ou de futures zones. Il faut distinguer capacité nominale, production effective et part réservée à l’irrigation.

Le dessalement sécurise une ressource indépendante des pluies, mais demande investissement, énergie, réseaux et gestion des saumures. Son intérêt environnemental dépend notamment de l’électricité utilisée et du rejet en mer.

Casablanca change d’échelle

La future station de Casablanca est présentée comme un projet majeur du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation. Elle doit soutenir une région densément peuplée et agricole.

Une annonce de capacité ne signifie pas que l’eau arrive immédiatement au robinet. Construction, raccordement, essais et montée en charge constituent des étapes séparées.

Pour suivre le projet, il faut relever à chaque date : avancement, capacité de la phase ouverte, énergie, bénéficiaires et répartition entre ville et agriculture.

Réutiliser les eaux usées traitées

La réutilisation vise notamment l’arrosage d’espaces verts, de terrains sportifs ou certains usages industriels, afin de réserver l’eau potable aux besoins qui l’exigent.

En avril 2025, le ministère annonçait une capacité cible de réutilisation de 100 millions de mètres cubes en 2027 et 350 millions en 2035. Ces horizons doivent être suivis installation par installation.

Le traitement, la qualité sanitaire, le réseau séparé et l’acceptation des usagers déterminent le résultat. Une eau « réutilisée » n’est pas automatiquement adaptée à chaque culture ou contact humain.

L’agriculture concentre l’enjeu d’efficacité

L’irrigation représente une part majeure de la demande. Goutte-à-goutte, choix de cultures, calendrier d’arrosage et tarification peuvent économiser de l’eau, mais un gain technique ne réduit pas toujours le prélèvement total si les surfaces augmentent.

La politique publique doit donc mesurer le volume réellement économisé à l’échelle du bassin, pas seulement le nombre d’hectares équipés.

Le dessalement destiné à l’agriculture peut protéger une nappe, mais son coût et son énergie imposent des arbitrages sur les cultures et les bénéficiaires.

Protéger les nappes souterraines

Les nappes servent de réserve lors des années sèches, mais un pompage supérieur à la recharge fait baisser leur niveau et peut dégrader la qualité. Sur le littoral, l’intrusion saline constitue un risque.

Compteurs, autorisations, contrats de nappe et lutte contre les forages illégaux sont moins visibles qu’une grande station, mais essentiels. Restaurer une nappe prend souvent plus de temps que la surexploiter.

Une politique cohérente relie surface, souterrain et réutilisation. Déplacer un prélèvement sans mesurer l’ensemble peut seulement déplacer le problème.

Ce que le voyageur peut réellement faire

Une douche plus courte, une serviette réutilisée et le signalement d’une fuite sont utiles, sans faire porter la crise sur les seuls visiteurs. Les choix d’hébergement et d’activités ont aussi un effet.

Demandez comment piscine, jardin et blanchisserie sont gérés. Une affirmation « écologique » doit être accompagnée de mesures, d’un suivi et d’une source d’eau claire.

Notre guide [voyager responsable au Maroc](https://www.lemarocouvresesportes.com/voyager-responsable-maroc/) transforme ces principes en décisions pratiques sans culpabilisation.

Comment lire les prochaines annonces

  • Distinguer capacité, production et distribution réelle.
  • Relever la date et l’auteur du chiffre.
  • Séparer eau potable, irrigation et industrie.
  • Vérifier l’énergie et le traitement des saumures.
  • Comparer objectifs et installations mises en service.
  • Examiner les économies de demande, pas seulement l’offre.
  • Lire les données par bassin plutôt qu’un taux national isolé.
  • Ne pas présenter une pluie comme la fin du stress structurel.

Sources consultées