Une belle photographie de voyage peut documenter un geste, un lieu ou une rencontre. Elle peut aussi exposer une personne qui n’a jamais accepté d’être publiée. Au Maroc, la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel rappelle que le son et l’image peuvent constituer des données personnelles lorsqu’ils concernent une personne identifiée ou identifiable.
Ce guide ne remplace pas un avis juridique et ne prétend pas que toute photographie relève du même régime. Il propose une méthode prudente : distinguer paysage et personne, demander clairement, expliquer l’usage, respecter le refus et vérifier séparément les règles du lieu.
Voir la personne avant le sujet
Une tenue, un métier ou un visage n’est pas un décor disponible. Avant de lever l’appareil, établissez un contact simple. Un salut, un geste vers l’appareil et une question compréhensible évitent de placer l’autre devant un fait accompli.
Le silence, un sourire gêné ou l’absence de réaction ne valent pas accord certain. Si la personne ne comprend pas la demande ou semble hésiter, renoncez au portrait. Un plan large sans identification peut raconter la scène avec moins d’exposition.
Expliquer la prise de vue et la publication
Accepter une photo souvenir n’équivaut pas toujours à accepter une publication sur un site, un réseau social ou une campagne. Dites si l’image restera privée ou sera partagée publiquement. Lorsque l’usage devient professionnel ou commercial, formalisez l’autorisation adaptée au lieu de vous appuyer sur un échange ambigu.
La CNDP définit le consentement comme libre, spécifique et informé. Cette définition donne une bonne boussole pratique : la personne doit pouvoir comprendre l’usage et refuser sans pression. MOP n’exploite pas un portrait reconnaissable sur la base d’une simple supposition.
Montrer l’image immédiatement
Après la prise de vue, montrez l’écran. La personne peut vérifier le cadrage, demander une autre image ou préférer la suppression. Faites-le devant elle lorsqu’elle le demande. Ne conservez pas une rafale cachée après avoir supprimé seulement la photographie affichée.
Si vous promettez d’envoyer l’image, notez un moyen de contact avec l’accord de la personne et utilisez-le uniquement pour cette finalité. Ne l’ajoutez pas à une liste marketing. Effacez la coordonnée lorsqu’elle n’est plus nécessaire.
Protéger particulièrement les enfants
Ne photographiez pas un enfant reconnaissable parce qu’il sourit ou vient regarder l’appareil. Cherchez l’accord du responsable légitime et évitez toute image pouvant révéler école, domicile, routine ou situation vulnérable. Un adulte présent dans la rue n’est pas automatiquement habilité à consentir pour chaque enfant.
Privilégiez gestes, mains ou scènes larges lorsque l’identité n’est pas utile au récit. Ne publiez jamais une image humiliante, médicalisée ou intime. L’absence de nom ne rend pas une personne non identifiable si le visage et le lieu suffisent.
Respecter ateliers, commerces et lieux privés
Une boutique ouverte au public reste un espace géré par quelqu’un. Demandez avant de photographier un artisan, son outil, un client ou une pièce de valeur. Acheter un objet ne donne pas un droit sur le visage du vendeur ni sur l’intérieur de son atelier.
Dans un riad, un musée, un site religieux ou une propriété, suivez le règlement affiché et les instructions du responsable. Une autorisation pour l’architecture peut exclure flash, trépied, vidéo ou personnes. Une règle locale s’ajoute au consentement individuel ; elle ne le remplace pas.
Distinguer photo, vidéo, son et drone
La vidéo enregistre aussi voix, conversations et mouvements. Une personne qui accepte une photographie fixe peut refuser l’audio. Expliquez le format avant d’enregistrer et coupez lorsque la discussion devient privée. Les directs sont particulièrement difficiles à retirer après diffusion.
Le drone relève d’autorisations et de formalités distinctes déjà traitées dans le guide MOP consacré au voyage avec un drone. Ne supposez jamais qu’un accord donné au sol autorise un survol ou l’enregistrement d’une propriété.
Publier avec le minimum d’informations
Avant de partager, demandez si le visage, le lieu exact et le moment sont nécessaires ensemble. Retirer la géolocalisation, différer la publication ou recadrer peut protéger une personne et un site. Une légende ne doit pas inventer profession, origine, situation familiale ou croyance.
Conservez les fichiers de manière sûre et limitez les copies. Si une personne demande ensuite le retrait, identifiez les canaux contrôlables et agissez rapidement. Vous ne pourrez peut-être pas rappeler chaque copie, ce qui justifie la prudence avant la première publication.
Réagir à un refus ou à une demande d’argent
Un refus met fin à la prise de vue. Ne photographiez pas de loin pour contourner la décision et ne transformez pas la personne en obstacle à votre itinéraire. Remerciez et passez à un autre sujet.
Lorsqu’une personne propose un portrait contre rémunération, convenez du montant et de l’usage avant de commencer. Un paiement n’efface ni les limites convenues ni le droit à la dignité. Il ne prouve pas non plus qu’un tiers visible a donné son accord.
Une courte routine avant chaque image
Posez quatre questions : la personne est-elle reconnaissable, ai-je demandé, l’usage est-il compris, le lieu autorise-t-il la prise ? Après l’image, montrez-la et vérifiez si la publication ajoute un risque inutile. Cette routine prend moins de temps qu’une explication tardive.
La photographie responsable ne réduit pas un voyage. Elle améliore la relation et oblige à chercher des images qui ont un contexte réel. Un refus respecté peut être aussi important que la photo obtenue.
