Lettre après la finale : le Maroc, l’amertume et la dignité 🇲🇦

Lettre après la finale : le Maroc, l’amertume et la dignité 🇲🇦



Mon Maroc,

Ce soir, je t’écris comme on écrit à quelqu’un qu’on aime.

Pas pour lui demander d’être parfait.

Mais pour lui dire qu’on a mal.

Et qu’on reste là.

Je t’écris parce que cette finale a laissé quelque chose dans la gorge.

Un nœud.

Une colère silencieuse.

Une tristesse qui ne fait pas de bruit, mais qui pèse.

Je t’écris parce que le match est terminé, oui…

Mais dans les maisons, dans les cafés, dans les ruelles,

il y a encore des gens qui n’ont pas quitté la scène.

Ils sont restés assis.

Ils regardent l’écran noir.

Ils regardent le sol.

Ils regardent le plafond.

Comme si le cœur cherchait une explication.


Je t’écris depuis une ville qui ne dort pas

Dans un café quelque part, la télévision est encore allumée.

Le commentateur parle, mais personne n’écoute.

Les chaises grincent.

Les verres se vident.

Les mains se posent sur les tables comme si elles étaient fatiguées.

Il y a des gens qui font semblant d’être calmes.

Mais leurs yeux trahissent tout.

Il y a un vieux monsieur qui ne dit rien.

Il a juste baissé la tête.

Comme s’il venait de perdre une partie de sa jeunesse.

Il y a un enfant qui demande :

“Pourquoi on n’a pas gagné ?”

Et personne ne répond tout de suite.

Parce que parfois, on ne sait pas comment expliquer la douleur à un enfant.

Et pourtant…

cette douleur, il la connaîtra.

Comme nous.


Je t’écris parce que tu as tout donné

Ce soir, mon Maroc, tu as tout donné.

Tu as donné des stades dignes.

Tu as donné des pelouses magnifiques.

Tu as donné des routes, des lumières, une organisation solide.

Tu as donné des sourires.

Tu as donné du respect.

Tu as donné une hospitalité qui ne se calcule pas.

Tu as voulu que cette CAN soit une fête.

Pas seulement une compétition.

Tu as voulu que l’Afrique se sente chez elle.

Tu as voulu que les supporters chantent ensemble.

Tu as voulu que les peuples se regardent avec fierté.

Tu as voulu offrir quelque chose de grand.

Et tu l’as offert.


Mais on ne t’a pas rendu la même chose

Mon Maroc, je vais te dire une vérité qui fait mal :

certains n’ont pas supporté ce que tu es devenu.

Ce n’est pas ton organisation qui les a dérangés.

Ce n’est pas tes stades.

Ce n’est pas tes terrains.

Ce n’est pas ta sécurité.

C’est ton miroir.

Tu as mis un miroir devant l’Afrique.

Un miroir qui dit :

regardez, on peut faire mieux.

Et ce miroir, certains l’ont vécu comme une humiliation.

Pas parce que tu les as humiliés.

Mais parce qu’ils se sont humiliés eux-mêmes en refusant d’avancer.

Alors ils ont choisi l’arme la plus facile :

la rumeur.

Ils ont parlé de corruption.

Ils ont parlé de triche.

Ils ont parlé de manipulation.

Ils ont parlé comme si parler suffisait.

Ils ont oublié que la vérité ne crie pas.

La vérité se voit.


Je t’écris parce que la jalousie a fait plus de bruit que le football

Le football devrait être une fête.

Un moment où l’on se respecte.

Où l’on se félicite.

Où l’on se serre la main.

Mais cette CAN a été traversée par une autre énergie.

Une énergie sale.

Une énergie de haine parfois.

Une énergie de suspicion.

Et quand le sport devient suspicion,

il cesse d’être sport.

Il devient autre chose.

Il devient un terrain où certains viennent régler leurs complexes.

Leur retard.

Leur frustration.

Ils ne veulent pas courir plus vite.

Ils veulent que toi tu ralentisses.

Ils ne veulent pas construire.

Ils veulent détruire.


La blessure la plus étrange : quand la proximité se transforme en froideur

Mon Maroc…

le plus dur, ce n’est pas l’attaque de ceux qui sont loin.

Le plus dur, c’est quand la pierre vient de la main de quelqu’un qu’on croyait proche.

On croyait certains pays frères.

On croyait certains peuples sincères.

On croyait certaines relations solides.

Et puis, dans cette finale,

on a senti une froideur.

Une dureté.

Une joie qui ressemblait parfois à une revanche.

Et là, quelque chose se casse dans le cœur.

Parce que le Maroc n’a jamais voulu être au-dessus.

Il a juste voulu avancer.


Et il y a cette vérité… cette vérité qui fait honte au football

On a vu des Marocains vivant au Sénégal prier pour leurs vies.

Mon Maroc…

est-ce que tu te rends compte ?

Dans quel monde une finale oblige des gens à avoir peur ?

Dans quel monde un drapeau devient une menace ?

Dans quel monde une victoire se mélange à l’intimidation ?

Ce n’est pas le Sénégal que l’on respecte.

Ce n’est pas l’Afrique que l’on aime.

Ce n’est pas le sport.

Le sport devrait protéger les gens.

Pas les exposer.


Et pourtant… mon Maroc… tu es resté digne

Tu n’as pas répondu avec la haine.

Tu n’as pas répondu avec la violence.

Tu n’as pas répondu avec l’insulte.

Tu as répondu avec ton silence.

Ce silence marocain,

qui ne veut pas dire faiblesse.

Mais maîtrise.

Tu as répondu avec ton accueil.

Avec ton organisation.

Avec tes rues propres.

Avec tes stades pleins.

Tu as répondu avec ta dignité.

Et ça…

c’est une victoire que personne ne peut te voler.


Je t’écris pour te dire : ce n’est pas la fin

Oui, on a perdu une finale.

Oui, on a mal.

Oui, on aurait voulu offrir ce trophée au peuple.

Mais mon Maroc…

on n’a pas perdu ce qu’on a construit.

On n’a pas perdu notre progrès.

On n’a pas perdu notre image auprès de ceux qui savent voir.

On n’a pas perdu notre capacité à accueillir le monde.

On a perdu un match.

Et même ça…

ça fait partie du chemin.

Les grandes nations sportives ne se mesurent pas à une finale.

Elles se mesurent à leur capacité à revenir.

Et nous reviendrons.


Je t’écris pour l’enfant qui demandait “pourquoi ?”

À cet enfant, on doit une réponse.

On doit lui dire :

“On n’a pas gagné cette fois.”

“Mais on n’a pas baissé la tête.”

“On a joué.”

“On a avancé.”

“Et on continuera.”

Parce que le plus important n’est pas seulement de gagner.

Le plus important, c’est de rester debout.

Et le Maroc…

est debout.


Conclusion : mon Maroc, garde la lumière allumée

Ce soir, mon Maroc,

tu as pleuré un peu.

Mais tu n’as pas sombré.

Tu as été blessé.

Mais tu n’as pas changé.

Tu as découvert que certains ne sont pas prêts pour ton progrès.

Mais ce n’est pas une raison pour t’arrêter.

Continue.

Construis.

Avance.

Et surtout…

garde la lumière allumée.

Parce qu’un jour,

ceux qui ont peur du miroir

finiront par y regarder.

Et ce jour-là, l’Afrique sera plus grande.

© LeMarocOuvreSesPortes.com

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