Les données officielles espagnoles établissent une forte progression des contenus racistes ou xénophobes en ligne après les passages à la frontière de Ceuta des 30 et 31 juillet 2026. Le dispositif FARO de l’Observatoire espagnol du racisme et de la xénophobie, OBERAXE, a détecté 101 025 contenus en août, contre 57 406 en juillet, soit une augmentation mensuelle de 76 %. Cette hausse documente avant tout une évolution des contenus surveillés sur les plateformes.
Selon le bulletin d’OBERAXE, 39 % des contenus haineux analysés en août étaient liés aux passages frontaliers de Ceuta. Ce résultat permet d’établir une association importante entre l’épisode et les conversations numériques observées, mais non d’attribuer à cette crise chaque message détecté durant le mois. Il ne constitue pas davantage un décompte d’utilisateurs distincts, d’infractions judiciairement reconnues ou d’agressions physiques commises contre des Marocains.
Les Nord-Africains au centre des attaques numériques
Les personnes originaires d’Afrique du Nord formaient la principale catégorie visée en août, avec 72 % des contenus de haine analysés, contre 68 % en juillet. Les migrants apparaissaient dans 22 % des contenus détectés et les musulmans dans 18 %. OBERAXE a également relevé une progression des messages visant les femmes ainsi que les enfants et adolescents non accompagnés, ce qui montre la pluralité des groupes exposés dans ces conversations.
Ces pourcentages décrivent des catégories susceptibles de se chevaucher et ne doivent donc pas être additionnés. Le contenu d’un même message peut, par exemple, viser simultanément une personne nord-africaine, migrante et musulmane. Cette précaution est essentielle pour interpréter les résultats sans transformer des répartitions analytiques en groupes mutuellement exclusifs. Les chiffres identifient néanmoins clairement les personnes nord-africaines comme la cible dominante du corpus étudié par l’observatoire en août.
Des récits de menace et un langage agressif
L’analyse du registre employé éclaire aussi la nature de la poussée observée. OBERAXE a classé 43 % des contenus surveillés comme présentant les groupes ciblés sous la forme d’une menace et 37 % comme déshumanisants. Par ailleurs, 58 % utilisaient un langage explicitement agressif, comprenant des insultes, des menaces ou des expressions de dénigrement. Ces caractéristiques peuvent se recouper, comme les différentes catégories de populations visées.
La chronologie des premiers jours confirme la concentration immédiate de cette activité. Le 13 août, Cadena SER rapportait plus de 40 800 messages racistes ou xénophobes durant une période d’environ dix jours après la crise, en citant le directeur d’OBERAXE, Tomás Fernández Villazala. Un pic d’environ 6 500 messages avait été observé le 1er août, suivi d’une autre hausse dépassant 4 000 messages le 6 août.
Des retraits nombreux mais très inégaux
Les plateformes ont supprimé 73 % des messages qu’OBERAXE leur avait signalés en août. Les taux communiqués variaient toutefois fortement : 100 % sur TikTok, 93 % sur X, 72 % sur Instagram, 68 % sur Facebook et seulement 8 % sur YouTube. Ces résultats portent précisément sur les messages signalés par l’observatoire et ne permettent pas de mesurer la totalité des contenus haineux demeurés accessibles ou publiés ailleurs.
Le total d’août et le chiffre rapporté pour les dix premiers jours décrivent deux fenêtres complémentaires, et non deux estimations concurrentes. Le premier couvre l’ensemble du mois surveillé par FARO, tandis que le second renseigne sur l’intensité atteinte immédiatement après les passages frontaliers. Ensemble, ils montrent à la fois une réaction numérique très rapide et un volume mensuel nettement supérieur à celui de juillet, sans renseigner directement sur l’identité des auteurs.
À Ceuta, une hostilité également rapportée hors ligne
À la mi-septembre, El País faisait état d’une moyenne de deux manifestations quotidiennes à Ceuta, avec des slogans devenant plus hostiles. Les rassemblements restaient généralement inférieurs à 200 participants et mobilisaient fréquemment les mêmes manifestants. Cette fréquence ne doit donc pas être assimilée à autant de groupes distincts ni à une mesure de l’opinion de toute la ville, mais elle documente la persistance visible de la tension dans l’espace public.
Le même reportage a documenté de l’hostilité envers des journalistes et des travailleurs humanitaires, dont des agressions physiques contre des professionnels des médias et des insultes visant le personnel d’aide. Il a aussi signalé que certains commerces limitaient l’accès de migrants aux toilettes, aux prises électriques ou à leurs locaux. Séparément, l’Association des travailleurs immigrés marocains en Espagne a dénoncé des violences extrêmes après des incendies de campements précaires et des restrictions touchant l’aide essentielle.
Des répercussions ressenties ailleurs en Espagne
La portée de cette hostilité ne se limite pas aux personnes récemment arrivées à Ceuta. Des résidents nés au Maroc, interrogés par El País à Málaga, Cadix, Madrid et en Catalogne, ont décrit un usage accru du terme « envahisseur », des jugements xénophobes exprimés plus ouvertement, ainsi qu’une montée de l’anxiété. Ils craignaient que la crise de Ceuta ne détériore leur traitement quotidien dans d’autres régions espagnoles.
Ces témoignages rapportent des expériences et des craintes individuelles, sans mesurer la prévalence de la discrimination dans toute l’Espagne. Le contexte officiel antérieur reste néanmoins préoccupant : le ministère espagnol de l’Intérieur a recensé 2 417 délits et incidents de haine en 2025, soit 23,6 % de plus qu’en 2024. Le racisme et la xénophobie constituaient la première catégorie, avec 934 cas, avant même la crise de Ceuta.
En 2025, Ceuta affichait un taux de 10,8 incidents de haine pour 100 000 habitants, tandis que les ressortissants marocains représentaient le premier groupe de victimes de nationalité étrangère, avec 10 % de l’ensemble des victimisations enregistrées. Ces données précèdent les événements de juillet 2026 et ne prouvent donc aucune causalité. En l’absence de bilan officiel complet des agressions racistes postérieures, les prochains relevés policiers, judiciaires ou d’OBERAXE devront préciser l’évolution hors ligne.
Sources consultées
- Spanish Ministry of Inclusion, Social Security and Migration / OBERAXE — ouvre dans un nouvel onglet
- Spanish Ministry of the Interior — ouvre dans un nouvel onglet
- Cadena SER — ouvre dans un nouvel onglet
- El País — ouvre dans un nouvel onglet
- El País — ouvre dans un nouvel onglet
- Yabiladi — ouvre dans un nouvel onglet
