À fin juin 2026, les importations marocaines de biens ont progressé plus vite que les exportations. Le déficit commercial des marchandises s’est donc creusé de 23,5 %, à 198,380 milliards de dirhams, selon les données provisoires de l’Office des Changes. Mais ce chiffre ne résume pas toutes les relations économiques avec l’extérieur : les services dégagent un excédent, les recettes de voyages augmentent, les transferts des Marocains résidant à l’étranger progressent et le solde net des investissements directs étrangers s’améliore.
La bonne lecture consiste à séparer ces flux avant de les réunir. Additionner une exportation automobile, une nuit d’hôtel et un transfert familial sous le même mot « exportation » brouille le diagnostic.
Les biens : des importations plus dynamiques
Entre janvier et juin 2026, les importations de biens atteignent 458,778 milliards de dirhams, en hausse de 15,3 % sur un an. Les exportations s’élèvent à 260,397 milliards, en progression de 9,7 %.
La différence produit un déficit de 198,380 milliards. Le taux de couverture — la part des importations financée par les exportations de biens — recule de 59,6 % à 56,8 %.
Un déficit n’est pas automatiquement le signe d’un effondrement. Il peut aussi augmenter lorsque les entreprises importent des machines, des composants ou de l’énergie pour produire. Il faut examiner la composition et la durée du mouvement.
Ce que le Maroc importe davantage
Les achats de biens d’équipement progressent de 21,2 %, à 112,342 milliards de dirhams. Les produits énergétiques augmentent de 28,9 %, à 68,582 milliards, tandis que les biens de consommation finis atteignent 111,116 milliards, en hausse de 14,2 %.
La hausse de l’énergie peut refléter prix et volumes. Celle des équipements peut soutenir l’investissement futur, mais son effet dépend des projets réellement achevés et de leur productivité. Les biens de consommation répondent, eux, plus directement à la demande intérieure.
Le HCP estime que la demande intérieure a été le principal moteur de l’activité au premier semestre. Il note en même temps une contribution négative de la demande extérieure nette, les importations ayant progressé plus vite que les exportations.
Automobile et aéronautique tirent les exportations
Les exportations du secteur automobile atteignent 93,655 milliards de dirhams, soit une hausse de 17,4 %. L’aéronautique progresse de 19,3 %, à 17,323 milliards. L’agriculture et l’agroalimentaire augmentent de 5,7 %, à 52,382 milliards.
La dynamique n’est pas uniforme. Les phosphates et dérivés reculent de 2,3 %, à 45,428 milliards, et le textile-cuir baisse de 6,5 %, à 21,069 milliards.
Ces évolutions montrent l’intérêt d’une lecture sectorielle. Une hausse du total peut masquer une faiblesse dans un secteur intensif en emplois ; une baisse ponctuelle peut provenir des prix internationaux plutôt que des volumes.
Les services produisent un excédent
Les échanges de services obéissent à une autre logique. À fin juin, les exportations de services atteignent 161,151 milliards de dirhams et les importations 81,120 milliards. L’excédent s’établit ainsi à 80,031 milliards, en hausse de 16,8 %.
Le voyage, le transport, les services aux entreprises et d’autres prestations entrent dans cette catégorie. Cet excédent ne « supprime » pas mécaniquement le déficit des biens, mais il améliore la capacité extérieure globale du pays.
Comparer biens et services exige de garder leurs définitions. Un véhicule traverse physiquement une frontière ; une prestation peut être fournie à distance ou consommée au Maroc par un non-résident.
Voyages, transferts MRE et IDE : trois flux différents
Les recettes de voyages atteignent 64,898 milliards de dirhams sur six mois, en hausse de 15,9 %. Elles correspondent aux dépenses des non-résidents au Maroc. Les dépenses de voyages des résidents à l’étranger s’élèvent à 16,098 milliards, donnant un solde positif de 48,800 milliards.
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger atteignent 61,480 milliards, soit 9,9 % de plus. Il ne s’agit ni d’exportations ni de recettes touristiques, mais de transferts courants vers des ménages et d’autres bénéficiaires.
Les recettes d’investissements directs étrangers sont de 33,911 milliards. Après 7,750 milliards de dépenses, le flux net ressort à 26,161 milliards, en hausse de 31,5 %. Un flux semestriel ne décrit toutefois pas tout le stock d’investissement ni sa qualité.
Tanger rend la logistique visible
La région de Tanger illustre le lien entre ports, industrie, routes maritimes, rail et zones d’activité. Elle ne représente pas à elle seule tout le commerce extérieur, mais permet de comprendre comment une chaîne logistique soutient les exportations et les importations.
Notre page Tanger présente la ville au-delà du port : détroit, histoire, médina et rôle de carrefour. Ce lien reste éditorial ; aucune offre affiliée n’est ajoutée à un sujet économique sans rapport direct.
La performance logistique doit se lire avec les délais, les coûts, la fiabilité et la connexion aux fournisseurs locaux, pas seulement avec le tonnage d’un terminal.
Des données provisoires, donc révisables
L’Office des Changes signale que les données de juin sont provisoires. Elles peuvent évoluer lors des consolidations ultérieures. Les pourcentages publiés comparent janvier-juin 2026 à janvier-juin 2025, et non un mois isolé à l’année entière.
Le HCP apporte un contexte macroéconomique différent : production, demande et contribution du commerce à la croissance. Ses estimations ne remplacent pas les enregistrements de change ; elles répondent à une autre question.
Un article sérieux conserve donc le document source, sa date, son statut et l’unité utilisée.
La grille de lecture à retenir
- Biens : exportations, importations, déficit et taux de couverture.
- Secteurs : contribution de l’automobile, de l’agroalimentaire, des phosphates, du textile et de l’aéronautique.
- Services : recettes et dépenses liées aux prestations.
- Voyages : dépenses des visiteurs non-résidents et des résidents à l’étranger.
- Transferts MRE : flux courants distincts du commerce.
- IDE : recettes, dépenses et flux net, sans confusion avec le stock.
- Statut : données provisoires à fin juin, susceptibles d’être révisées.
Cette séparation rend le tableau plus exigeant, mais aussi plus utile : le Maroc importe davantage pour répondre à sa demande et à ses investissements, tandis que plusieurs secteurs exportateurs et les services continuent de progresser.
Sources consultées
- Office des Changes, Indicateurs mensuels des échanges extérieurs à fin juin 2026, données provisoires : https://www.oc.gov.ma/sites/default/files/2026-07/Indicateurs_mensuels_JUIN_2026.pdf
- Haut-Commissariat au Plan, Point de conjoncture n° 50, juillet 2026 : https://www.hcp.ma/Point-de-conjoncture-N-50-Juillet-2026_a4337.html
- Office des Changes, portail des publications, consulté le 23 août 2026 : https://www.oc.gov.ma/fr/publications