Le Maroc veut utiliser son potentiel solaire et éolien pour produire de l’hydrogène vert et des dérivés comme l’ammoniac, les carburants de synthèse ou le méthanol. L’« Offre Maroc » a structuré l’accès au foncier et la sélection des investisseurs. En janvier 2026, les autorités indiquaient que sept projets intégrés avaient été sélectionnés dans les régions du Sud.
Cette étape est importante, mais elle ne fait pas encore du Royaume une « superpuissance » productrice. Un projet sélectionné doit toujours boucler son financement, sécuriser ses clients, construire ses centrales renouvelables, son électrolyseur, ses réseaux d’eau et ses installations portuaires avant de livrer une première tonne.
Ce qu’est réellement l’hydrogène vert
L’hydrogène est produit en séparant des molécules, notamment celles de l’eau. Lorsqu’un électrolyseur fonctionne avec une électricité renouvelable et que les émissions du cycle sont maîtrisées, le produit peut être qualifié de vert selon les règles applicables.
Ce gaz n’est pas une source d’énergie primaire comparable au soleil ou au vent. C’est un vecteur : il faut d’abord produire l’électricité, convertir cette énergie en hydrogène, puis éventuellement le comprimer, le liquéfier ou le transformer.
Chaque conversion entraîne des pertes. L’hydrogène est donc surtout envisagé pour les usages difficiles à électrifier directement, plutôt que pour remplacer l’électricité dans toutes les situations.
Pourquoi le Maroc se positionne tôt
Le pays dispose de ressources solaires et éoliennes complémentaires, d’un littoral étendu et d’infrastructures portuaires connectées à l’Europe. Son industrie des phosphates consomme aussi de l’ammoniac, aujourd’hui largement importé, ce qui crée un débouché potentiel sur le marché intérieur.
La proximité de l’Union européenne peut réduire certaines distances de transport. Les accords commerciaux, l’expérience de MASEN et les capacités industrielles donnent également une base institutionnelle aux développeurs.
Ces avantages ne garantissent pas un coût final compétitif. Ils doivent être convertis en électricité abondante, en réseau, en eau traitée et en contrats de long terme.
L’Offre Maroc organise les projets
Le discours royal du 29 juillet 2023 a demandé une mise en œuvre rapide et qualitative de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert. Le gouvernement a ensuite mis en place un comité de pilotage et un cadre pour accueillir les investisseurs.
L’approche porte sur des projets intégrés, depuis la production renouvelable jusqu’aux dérivés et à leur exportation ou utilisation locale. Le foncier public mobilisé dans les régions du Sud doit être attribué progressivement selon des engagements d’investissement.
Cette organisation cherche à éviter une multiplication de projets isolés sans réseau, sans port ou sans client. Elle devra aussi préserver la concurrence et rendre transparents les critères de sélection et de suivi.
Sept projets sélectionnés ne sont pas sept usines actives
En janvier 2026, Maroc.ma indiquait que sept projets intégrés avaient été sélectionnés. Ils associent des investisseurs marocains et internationaux et visent différents dérivés de l’hydrogène.
La sélection ouvre une phase de développement. Les études techniques et environnementales, les autorisations, les accords fonciers, les contrats d’achat et le financement doivent encore converger.
Il est donc incorrect d’additionner leur capacité annoncée à une production nationale existante. La formulation exacte est que le Maroc dispose d’un portefeuille de projets sélectionnés dont l’exécution reste à suivre.
L’électricité renouvelable est le premier verrou
Produire de grandes quantités d’hydrogène exige beaucoup d’électricité. Les projets devront développer des capacités solaires et éoliennes additionnelles afin de ne pas détourner une énergie déjà nécessaire aux ménages et aux entreprises.
Le réseau peut soutenir certains usages, mais un projet d’exportation massif doit démontrer l’origine de son électricité et son caractère additionnel. Les règles européennes sur les carburants renouvelables imposent notamment des critères de traçabilité.
La complémentarité du soleil et du vent marocains peut augmenter le taux d’utilisation des électrolyseurs. Elle n’élimine ni la variabilité ni les besoins de stockage et d’équilibrage.
La question de l’eau doit être traitée ouvertement
L’électrolyse consomme de l’eau pure, tandis que le Maroc connaît un stress hydrique structurel. Les grands projets côtiers envisagent donc le dessalement, avec traitement et acheminement vers les installations.
La quantité d’eau directement incorporée dans l’hydrogène n’est qu’une partie du bilan. Il faut compter le refroidissement, le nettoyage, les pertes du dessalement et les besoins des industries de transformation.
Chaque projet doit publier une étude hydrique, éviter la concurrence avec l’eau potable ou agricole et gérer correctement les rejets de saumure. Une appellation « verte » ne suffit pas à garantir un impact local acceptable.
L’ammoniac peut être un premier marché
Transformer l’hydrogène en ammoniac facilite son stockage et son transport. Le Maroc utilise déjà de l’ammoniac dans la production d’engrais, ce qui crée un marché intérieur capable de réduire certaines importations.
Ce débouché peut être plus concret qu’une exportation lointaine d’hydrogène pur. Il rapproche le producteur d’un consommateur industriel et permet de décarboner progressivement une chaîne existante.
L’ammoniac reste toutefois toxique et nécessite des règles strictes de sécurité. Son bilan climatique dépend de l’électricité utilisée et de la maîtrise des émissions sur toute la chaîne.
Les exportations européennes ne sont pas garanties
L’Europe cherche des carburants bas carbone pour l’industrie, l’aviation et le transport maritime. Plusieurs pays se positionnent donc comme futurs fournisseurs, ce qui crée une concurrence sur les prix et les contrats.
Un projet marocain doit respecter les normes du marché visé, obtenir une certification et trouver un acheteur prêt à payer le surcoût. Les infrastructures d’importation européennes et les mécanismes de soutien influencent aussi la demande.
Sans contrat d’achat à long terme, les banques peuvent hésiter à financer des installations de plusieurs milliards. L’exportation est une opportunité, pas un débouché automatique.
Emplois, industrie locale et territoires
Les chantiers peuvent créer beaucoup d’emplois temporaires, tandis que l’exploitation très automatisée en crée généralement moins. La formation technique, la maintenance et la fabrication de composants déterminent la valeur conservée au Maroc.
Les régions d’accueil doivent bénéficier d’infrastructures, de services et d’activités économiques durables. Le foncier et les ressources naturelles ne peuvent être les seules contributions locales.
La publication d’indicateurs sur l’emploi, les achats auprès d’entreprises marocaines et les retombées territoriales permettra de vérifier les promesses.
Les jalons à surveiller pour chaque projet
Un projet crédible doit annoncer un accord foncier définitif, une étude environnementale approuvée, un contrat d’achat, une décision finale d’investissement et un financement bouclé. Viennent ensuite la construction, les essais et la mise en service.
Il faut également connaître la capacité renouvelable dédiée, le volume d’eau, le produit final, le port utilisé et le calendrier. Les annonces vagues de milliards et de gigawatts ne remplacent pas ces éléments.
Au 22 août 2026, la sélection de sept projets constitue le point de départ officiel le plus important. Les décisions finales d’investissement seront le véritable passage entre ambition et industrie.
Un potentiel majeur, sans superlatif prématuré
Le Maroc possède une stratégie structurée, des ressources et des débouchés industriels qui peuvent en faire un acteur important de l’hydrogène vert. Son avance réside aujourd’hui dans la préparation du cadre et du portefeuille de projets.
Le leadership se mesurera plus tard en tonnes produites, en émissions évitées, en coûts, en contrats et en bénéfices locaux. Parler de « superpuissance » avant les premières usines opérationnelles brouille cette réalité. Le défi est désormais d’exécuter sans sacrifier l’eau, le réseau ni la transparence.
Sources officielles
- Maroc.ma, discours royal relatif à l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert, 29 juillet 2023 : https://www.maroc.ma/fr/discours-messages-royaux/discours-royaux/discours-de-sm-le-roi-la-nation-loccasion-du-24eme-anniversaire-de-la-fete-du-trone
- Chef du gouvernement, comité de pilotage de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert : https://www.cg.gov.ma/en/node/12241
- Maroc.ma, transition énergétique, pilotage de MASEN et sept projets sélectionnés, 26 janvier 2026 : https://www.maroc.ma/fr/actualites/la-transition-energetique-au-maroc-un-veritable-levier-de-developpement-et-de-renforcement-de-la
- Ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, stratégie des énergies renouvelables : https://www.mem.gov.ma/Pages/secteur6659.html?e=2