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Innovation : ce que signifie vraiment la 54e place du Maroc

Le Maroc atteint son meilleur rang dans l’Indice mondial de l’innovation 2026. Derrière la progression, l’OMPI montre un pays efficace dans certains résultats, mais encore limité par ses capacités de recherche et de financement.

Par Rédaction MOP
Équipe marocaine étudiant des données et des indicateurs d’innovation dans un espace de travail contemporain
Illustration éditoriale MOP — image générée, sans représentation d’un événement précis.

Une 54e place à lire avec méthode

Le Maroc occupe la 54e place parmi 139 économies dans l’Indice mondial de l’innovation 2026 publié par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. Il gagne trois rangs par rapport à 2025 et atteint, selon l’OMPI, sa meilleure position historique. Maroc.ma rapporte également une quatrième place parmi les économies classées dans le groupe des revenus intermédiaires inférieurs.

Ce rang ne signifie pas que le Maroc est la 54e économie mondiale dans tous les domaines. L’indice agrège des indicateurs consacrés aux conditions de l’innovation et aux résultats produits. Il compare notamment les institutions, la recherche, les infrastructures, la sophistication des marchés et des entreprises, les connaissances, la technologie et la créativité. Le classement doit donc être lu à l’intérieur de ce cadre précis.

Le progrès de long terme du Maroc

L’édition 2026 ne présente pas la progression comme un accident isolé. L’OMPI situe le Maroc parmi les économies à revenu intermédiaire ayant enregistré les avancées de long terme les plus importantes depuis 2013. Elle recense aussi huit occurrences au cours desquelles ses performances ont dépassé ce qui pouvait être attendu compte tenu de son niveau de développement.

Cette trajectoire reste plus informative que le mouvement de trois places sur une seule année. Un rang peut évoluer parce qu’un pays progresse, parce que d’autres reculent ou parce que les données et le modèle changent. La tendance de plusieurs éditions montre une amélioration relative durable, mais elle ne dispense pas d’examiner les indicateurs qui composent le résultat et leurs dates de référence.

Pourquoi les résultats devancent les intrants

Le principal enseignement du profil marocain est l’écart entre les moyens et les résultats. Le pays est 76e pour les intrants d’innovation mais 46e pour les résultats. Dans la logique de l’indice, il transforme donc des ressources classées plus modestement en productions mieux positionnées. L’OMPI le cite parmi les économies générant davantage de résultats que ne le laisserait attendre leur niveau d’intrants.

Cette efficacité relative n’efface pas le niveau des moyens mobilisés. Les intrants couvrent notamment la recherche, le capital humain, les infrastructures et les conditions offertes aux entreprises. Être mieux classé pour les résultats indique une conversion favorable ; cela ne signifie pas que la base de recherche ou le financement soient déjà comparables à ceux des économies les mieux placées.

Design, marques et industrie : les points forts mesurés

Les points forts détaillés se concentrent sur la valorisation économique d’actifs immatériels. Le Maroc se classe 5e pour les dessins et modèles industriels, 8e pour l’intensité des actifs incorporels et 16e pour les marques. L’OMPI interprète ce profil comme le signe d’entreprises qui complètent leur capacité de production par le design, l’image de marque et la différenciation des produits.

La fabrication de produits de haute technologie, classée 28e, ajoute une dimension industrielle à ce tableau. Dans l’analyse régionale, le Maroc mène la progression nord-africaine avec sa 54e place, devant la Tunisie 71e, l’Égypte 83e et l’Algérie 111e. Ces comparaisons décrivent les positions dans le même indice ; elles ne mesurent pas à elles seules la taille des secteurs industriels nationaux.

Recherche et financement : les limites signalées

L’OMPI identifie aussi le prochain obstacle. Pour dépasser durablement la zone des cinquante premières places, elle estime nécessaire d’élargir les capacités de recherche, de renforcer la R-D des entreprises, de rapprocher davantage la science et l’industrie et d’accroître la création de connaissances au niveau national. Elle mentionne également l’accès au financement pour les start-up et les entreprises en croissance.

Ces recommandations éclairent l’écart entre le rang des intrants et celui des résultats. Elles suggèrent que le Maroc valorise déjà certains savoir-faire dans les marchés, les chaînes de valeur, les services numériques, le design et les marques, mais que cette dynamique pourrait manquer de profondeur si les universités, les entreprises, les laboratoires et les financeurs restent insuffisamment connectés. Il s’agit de l’analyse de l’OMPI, pas d’un verdict absolu.

Ce que ce classement ne permet pas d’affirmer

La comparaison annuelle exige enfin une précaution méthodologique. Plus de 80 % des données de l’édition 2026 ont été recueillies entre 2024 et 2026. Le classement ne photographie donc pas uniquement la situation du jour de sa publication. L’OMPI avertit aussi que les modifications du modèle et la disponibilité des données influencent les écarts entre deux éditions.

Une lecture sérieuse doit ainsi séparer trois niveaux. Le rang général situe le Maroc par rapport aux autres économies présentes dans l’édition. Les rangs par pilier montrent où se forment ses moyens et ses résultats. Les indicateurs détaillés, enfin, permettent d’identifier les domaines précis qui progressent ou résistent. Une hausse de trois places ne dit pas, à elle seule, lequel de ces mécanismes a pesé le plus. Elle doit être rapprochée des séries comparables et des notes méthodologiques de l’OMPI. Une politique publique récente peut aussi ne produire un effet mesurable que dans une édition ultérieure. Cette prudence ne diminue pas la performance observée : elle évite simplement de transformer un indice composite en mesure unique de toute l’innovation marocaine ou en preuve immédiate d’un changement dans chaque entreprise.

Pour vérifier la portée réelle du progrès, il faudra suivre les prochains résultats détaillés plutôt que le seul rang général : dépenses de recherche, coopération université-entreprise, dépôts de propriété industrielle, fabrication technologique et accès au capital. La 54e place est un signal positif et documenté. Elle devient utile lorsqu’elle sert à distinguer les forces déjà mesurées des capacités qui restent à construire.

Sources consultées