Le Maroc aujourd’hui

Industrie automobile au Maroc : chiffres 2025-2026, usines et prochains défis

Par Rédaction LMOS
Le Maroc devient une puissance automobile : chiffres, raisons et avenir

L’industrie automobile marocaine a changé d’échelle. Le pays ne se limite plus à assembler quelques modèles destinés au marché local : il accueille des usines de constructeurs, un réseau d’équipementiers, des activités d’ingénierie et une chaîne logistique largement tournée vers l’exportation. Cette progression est réelle, mais elle mérite d’être décrite avec des chiffres datés et sans confondre capacité théorique, production effective et valeur des exportations.

Au 22 août 2026, les données publiques disponibles montrent un secteur devenu central dans l’économie industrielle du Maroc. Elles montrent aussi les défis de la prochaine étape : renforcer l’intégration locale, accompagner l’électrification, réduire l’empreinte carbone de la production et maintenir la compétitivité dans un marché mondial instable.

Ce que disent les chiffres récents

Le ministère marocain de l’Industrie et du Commerce indique que le secteur automobile a généré un chiffre d’affaires à l’export de 157 milliards de dirhams en 2024. Le Baromètre de l’industrie nationale publié en octobre 2025 présente également l’automobile comme le premier secteur exportateur du Royaume, avec près de 196 milliards de dirhams de chiffre d’affaires industriel et plus de 250 000 emplois directs en 2024.

Ces indicateurs ne mesurent pas la même chose. Le chiffre d’affaires industriel couvre l’activité du secteur au Maroc, tandis que le chiffre d’affaires à l’export concerne les ventes destinées à l’étranger. Ils ne doivent donc pas être additionnés.

Pour 2026, les données restent provisoires. L’Office des Changes indique qu’à fin juin 2026, les exportations du secteur automobile atteignaient 93,7 milliards de dirhams, en hausse de 17,4 % par rapport à la même période de 2025. Ce résultat semestriel ne permet pas de prédire automatiquement le total de l’année : les volumes, les prix, le calendrier des livraisons et la conjoncture européenne peuvent encore modifier le bilan final.

Renault : deux sites et une production majoritairement exportée

Renault est l’un des acteurs historiques de cette transformation. Le groupe dispose notamment de l’usine de Tanger et du site de la Somaca à Casablanca. Selon Renault Group, ses activités industrielles marocaines ont produit plus de 394 000 véhicules en 2025. Le constructeur précise que 82 % de la production de Tanger et Casablanca a été exportée vers 63 destinations.

À Tanger, la production 2025 détaillée par le groupe approche 300 000 unités. Elle comprend principalement la Dacia Sandero, la Dacia Jogger et le Renault Express, auxquels s’ajoutent de petits volumes de véhicules de mobilité Duo et Bento. Le lancement du Jogger hybride à Tanger en 2024 illustre l’évolution progressive du site vers des motorisations électrifiées.

Ces données concernent Renault Group et ne représentent pas l’ensemble de la production automobile du Maroc. Elles permettent néanmoins de mesurer le rôle de Tanger dans le dispositif industriel du constructeur et l’importance des débouchés extérieurs.

Stellantis renforce le pôle de Kénitra

L’usine Stellantis de Kénitra constitue l’autre grand pôle de production. En juillet 2025, Stellantis et le gouvernement marocain ont inauguré une extension du site et annoncé de nouveaux projets. Le communiqué du groupe indique que la production annuelle de moteurs à Kénitra atteint 350 000 unités. Une première phase d’assemblage de moteurs hybrides légers a commencé en mai 2025, tandis qu’une phase d’usinage est annoncée pour novembre 2026.

Le même communiqué rapporte qu’après cette extension, la capacité automobile installée au Maroc dépasse un million de véhicules par an. Il s’agit d’une capacité maximale annoncée, pas du nombre de véhicules effectivement produits durant une année. La production réelle dépend de la demande, des lancements de modèles, de l’approvisionnement en composants et du rythme d’utilisation des usines.

Kénitra produit aussi des véhicules de mobilité urbaine et doit accueillir de nouvelles activités. Cette diversification peut renforcer le site, à condition que les volumes annoncés se traduisent durablement en production, en compétences et en valeur ajoutée locale.

Tanger Med, un maillon logistique déterminant

Une usine exportatrice ne fonctionne pas seule. La proximité entre les sites industriels du nord, les fournisseurs et le complexe portuaire Tanger Med réduit les délais entre la sortie d’usine et l’expédition vers les marchés étrangers. Cette organisation contribue à l’attractivité du Maroc pour les constructeurs et les équipementiers.

La position géographique du pays facilite les échanges avec l’Europe, mais elle n’explique pas tout. Le développement des zones industrielles, des infrastructures portuaires et ferroviaires, de la formation professionnelle et des réseaux de sous-traitance a créé un écosystème plus large que l’assemblage final.

Cet avantage logistique rend toutefois le secteur sensible à la conjoncture de ses marchés d’exportation. Un ralentissement européen, une perturbation maritime ou une évolution rapide des normes automobiles peut affecter les commandes marocaines.

L’enjeu de l’intégration locale

Le nombre de véhicules produits est un indicateur visible, mais la part de valeur créée au Maroc est tout aussi importante. L’intégration locale progresse lorsque davantage de composants, de services d’ingénierie, d’outillages et de prestations logistiques sont réalisés dans le pays.

Le Maroc accueille déjà des activités liées au câblage, aux sièges, aux pièces métalliques, aux systèmes intérieurs et à d’autres composants. En 2025 et 2026, de nouveaux investissements d’équipementiers ont encore été annoncés, notamment autour de Kénitra. Leur effet devra être évalué dans la durée à travers les emplois créés, les compétences transférées et la part réellement produite localement.

L’objectif n’est donc pas seulement d’augmenter une capacité d’assemblage. Il est aussi de consolider un tissu de fournisseurs capable de résister aux changements de modèles et de technologies.

Électrification et décarbonation : une transition à démontrer

L’automobile mondiale bascule progressivement vers l’hybride, l’électrique et de nouvelles exigences environnementales. Le Maroc a commencé à accueillir des productions électrifiées, mais il serait prématuré de présenter la transition comme achevée.

La compétitivité future dépendra notamment de l’accès à une énergie moins carbonée, de la traçabilité des composants, du recyclage, de la disponibilité des compétences techniques et de la capacité à attirer des projets liés aux batteries ou à l’électronique de puissance. Les règles européennes sur l’empreinte carbone et l’origine des produits pèseront également sur les chaînes d’approvisionnement tournées vers l’Union européenne.

Pour mesurer les progrès, il faudra suivre la part des véhicules électrifiés réellement produits, l’origine des composants stratégiques et les émissions associées à chaque site, plutôt que de se limiter aux annonces d’investissement.

Les principaux risques à surveiller

La montée en puissance du secteur ne supprime pas les fragilités. Une forte dépendance aux exportations expose le Maroc aux cycles économiques étrangers. La concurrence d’autres plateformes industrielles reste vive, tandis que les constructeurs réorganisent régulièrement leurs gammes et leurs sites.

Le secteur doit aussi éviter que la croissance des capacités dépasse durablement les commandes réelles. La distinction entre capacité et production restera donc essentielle. Enfin, la formation doit suivre l’évolution des métiers : logiciels embarqués, automatisation, maintenance des systèmes électrifiés et contrôle de la qualité demandent des compétences différentes de celles de l’assemblage traditionnel.

Ce qu’il faudra vérifier lors des prochaines mises à jour

Trois indicateurs permettront de suivre la trajectoire du secteur : la production annuelle effective de chaque site, la valeur des exportations automobiles publiée par l’Office des Changes et le niveau d’intégration locale documenté par les autorités et les industriels.

Le Maroc dispose aujourd’hui d’une base automobile majeure à l’échelle africaine. La prochaine étape ne se résume pas à produire davantage. Elle consiste à créer plus de valeur locale, à réussir la transition technologique et à conserver des débouchés diversifiés dans un secteur mondial en transformation rapide.

Sources primaires