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Congrès de l’ONU à Abou Dhabi : ce que représente la vice-présidence du Maroc

Le Maroc a exercé une vice-présidence au Congrès de l’ONU sur la prévention du crime. Voici la portée réelle de cette fonction et les suites à vérifier.

Par Rédaction MOP
Diplomates fictifs réunis autour d’une table lors d’une conférence internationale sur la justice
Illustration éditoriale MOP — image générée, sans représentation du Congrès réel ni de responsables identifiables.

Le Maroc a exercé une vice-présidence au 15e Congrès des Nations unies pour la prévention du crime et la justice pénale, au nom du Groupe africain. Cette fonction offre une visibilité diplomatique, mais elle ne donne ni pouvoir unilatéral ni validation automatique des politiques présentées par la délégation.

Une vice-présidence exercée au nom du Groupe africain

Azzeddine Farhane, représentant permanent du Maroc à Vienne, a été élu vice-président du Congrès au nom du Groupe africain. L’information apparaît dans le compte rendu publié par Maroc.ma et dans la transcription officielle de l’intervention marocaine devant la séance plénière. Le Congrès s’est tenu du 26 septembre au 1er octobre 2026 au centre ADNEC d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis.

Cette désignation place le Maroc au sein du Bureau d’une grande enceinte multilatérale consacrée à la prévention du crime et à la justice pénale. Les Nations unies présentent ce congrès, organisé tous les cinq ans, comme leur principal rassemblement mondial sur ces sujets. Il réunit gouvernements, organisations internationales, spécialistes et représentants de la société civile autour d’un agenda commun.

Maroc.ma rapporte la présence de délégations de 119 pays, de plus de 5 100 participants et de plus de 40 ministres de la Justice. Ces chiffres décrivent l’ampleur annoncée de la rencontre et doivent rester attribués à cette source. Ils ne constituent pas un comptage indépendant réalisé par LMOS.

Ce que le Congrès d’Abou Dhabi a adopté

La Déclaration d’Abou Dhabi a été adoptée par acclamation lors de la séance d’ouverture, selon la transcription officielle des Nations unies. Ce texte fixe une orientation politique pour la coopération internationale en matière de prévention du crime, de justice pénale et de réponse aux formes de criminalité qui dépassent les frontières nationales.

L’adoption par le Congrès ne signifie pas que toutes les mesures évoquées sont immédiatement intégrées dans le droit ou appliquées de façon uniforme par les États. La déclaration doit être soumise à la reprise de la 35e session de la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale, annoncée pour le début du mois de décembre 2026. Cette étape procédurale est le prochain rendez-vous institutionnel vérifiable.

Il faut donc distinguer trois niveaux : le consensus politique exprimé à Abou Dhabi, l’examen du texte par les organes compétents de l’ONU et les décisions que chaque État pourrait ensuite prendre dans son cadre national. Confondre ces étapes reviendrait à présenter un engagement multilatéral comme une mise en œuvre juridique déjà achevée.

Les priorités défendues par la délégation marocaine

Dans son intervention, la délégation marocaine a défendu une approche de la justice centrée sur la prévention, la protection des victimes, la réinsertion et la coopération transfrontalière. Elle a insisté sur la nécessité de réponses communes face aux infractions organisées qui exploitent les différences de juridiction et les nouveaux outils numériques.

Cette position est portée par le Maroc dans un cadre international et au nom d’une participation africaine plus visible aux discussions. La vice-présidence facilite la présence du pays dans l’organisation des travaux et renforce sa capacité à faire entendre ces priorités. Elle ne lui permet pas de décider seul du contenu des conclusions, de leur calendrier ni de leur application par les autres États.

Le représentant marocain a également proposé que le Royaume accueille de futures sessions du Congrès, afin de rapprocher cette enceinte du continent africain. Il s’agit d’une proposition formulée publiquement. Les sources retenues ne font état ni d’une acceptation par l’ONU ni d’une décision attribuant une future édition au Maroc.

Les mesures nationales citées, sans validation indépendante

La délégation a présenté plusieurs évolutions nationales : la mise en œuvre des peines alternatives depuis 2025, un nouveau code pénal, une banque nationale de données génétiques et des dispositifs de gestion des biens saisis. Lors d’une autre séance, elle a indiqué que l’Observatoire national de la criminalité collecte et analyse des données et mène des recherches sur les facteurs de criminalité au Maroc.

Ces éléments sont des déclarations officielles de la délégation marocaine devant le Congrès. Ils permettent de comprendre les politiques que le pays a choisi de mettre en avant, mais les documents retenus n’en fournissent pas une évaluation indépendante. Ils ne mesurent ni l’efficacité des dispositifs, ni leur couverture, ni leurs résultats judiciaires ou sociaux.

Une lecture rigoureuse doit donc attribuer chaque affirmation à son auteur. Dire que le Maroc a présenté ces mesures est vérifiable dans les transcriptions. Conclure qu’elles ont atteint leurs objectifs demanderait d’autres données : textes définitifs, calendriers d’application, statistiques publiques, méthodes d’évaluation et analyses externes. Aucune statistique criminelle nouvelle ne peut être déduite du seul discours prononcé à Abou Dhabi.

Ce que cette fonction change — et ce qu’elle ne change pas

La vice-présidence donne au Maroc une responsabilité institutionnelle et une visibilité au sein du Congrès. Elle confirme aussi sa capacité à représenter le Groupe africain dans une enceinte où sont débattues la coopération judiciaire, la prévention et les réponses aux crimes transnationaux. Sur le plan diplomatique, cette position peut faciliter les échanges avec d’autres délégations et mettre certaines priorités africaines à l’agenda.

Elle ne crée cependant pas un pouvoir de décision unilatéral. Les déclarations du Congrès reposent sur la négociation entre délégations, tandis que les suites sont traitées par les organes des Nations unies et par les États. La fonction ne transforme pas non plus une proposition marocaine en engagement collectif, ni une annonce nationale en résultat démontré.

Pour le lecteur, la conséquence la plus utile est cette distinction entre influence diplomatique et effet juridique. La première est immédiate : le Maroc participe à la direction des travaux et expose ses positions. Le second dépend de décisions ultérieures, de textes, de budgets, d’institutions responsables et de mécanismes de suivi.

Les prochaines étapes à vérifier

Le premier jalon sera l’examen annoncé de la Déclaration d’Abou Dhabi lors de la reprise de la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale, au début de décembre 2026. Les documents issus de cette session permettront de savoir comment les orientations du Congrès sont reprises dans le travail régulier des Nations unies.

Il faudra ensuite suivre les éventuelles suites données à la proposition marocaine d’accueillir de futures sessions. En l’absence de décision officielle, elle reste une offre diplomatique. Le calendrier du prochain Congrès, ses modalités d’accueil et le choix du pays hôte devront être établis par les procédures compétentes.

Enfin, le suivi national devra porter sur les mesures citées par la délégation : contenu juridique, mise en œuvre effective et résultats documentés. La vice-présidence d’Abou Dhabi constitue un signal de présence internationale. Sa portée durable se mesurera à travers les décisions collectives, les coopérations conclues et les preuves publiées après le Congrès.

Sources